T H E R A I N M A N
Au fin fond de la campagne britannique, on trouve de grandes villes et de plus petites. Sailington* était un de ces petits villages majoritairement remplis... de pubs. On peut y voir aussi des vaches. Enfin, cela est autre chose.
Ce genre de petit village est étonnamment peuplé... d'habitants.
Arthur Weather était un de ces humanoïdes qui animaient la majeure partie du temps les-dits pubs.
Il habitait une petite maison tout ce qu'il y'a de plus banal, avec un téléphone à fil en spirales tout ce qu'il y'a de plus banal, un jardin tout ce qu'il y'a de plus banal, un cachalot tout ce qu'il y'a de plus banal... inutile de vous faire un dessin, imaginez-vous simplement tout ce que l'on trouve habituellement dans une propriété modeste la plus banale qui soit.
Non, la seule chose particulièrement notable chez ce cher Arthur était la banale présence d'une banale collection banalement gigantesque de banales parapluies aux milles banales couleurs et banales motifs banalement excentriques. Mis à part cela, la décoration très anglaise de sa demeure était d'une banalité déconcertante.
La première impression que le banal visiteur ressentait en pénétrant pour la première fois dans l'habitation de ce cher banal Mr. Weather était le sentiment d'être nulle part. Non, nulle part, absolument nulle part. Un quelque part, non que dis-je, un nulle part qui n'appartient nullement à quelqu'un. Qui n'appartient donc à nul-gens, à personne. Juste un endroit... enfin, un non-endroit incongru et inexprimable.
Des tasses de thé posées sur une table blanche d'une blancheur et d'une pureté surréaliste...
Mais tout cela contrastait avec d'innombrables photographies. Des noirs et blancs.
Certaines représentaient la beauté de la pluie.
D'autres la blancheur de la lune.
D'autres encore une femme.
Toujours la même.
Une femme au visage dénué d'expression. Mais lorsque l'on se déplaçait de quelques pas, un parapluie, chaque fois différent, apparaissait venant du rien, du nulle-part, d'ici en fin de compte, dans la main de cette femme.
Alors le visage de cette éternelle beauté s'illuminait de bonheur et de joie. Seul le parapluie contenait des couleurs, mais le sourire de cette femme à lui seul savait remplacer toutes les couleurs souhaitables de la vie.
Chose curieuse, mais pourtant tout à fait logique pour l'esprit anglais, chaque fois qu'un parapluie apparaissait sur l'une des photographies, un craquement se faisait entendre de l'étage. Le bruit d'un parapluie qui se repliait. J'ai déjà dis que le parapluie venait de ce nulle part n'est ce pas ? Tout est logique !
Chaque lundi matin, Arthur allait sur la grande rue de Sailington pour récolter un peu d'argent, muni de sa banale guitare blanche. Accompagné de son manche de parapluie sans parapluie au bout fétiche qui lui servait aussi de canne, coiffé de son chapeau haut de forme, chaussé de ses chaussures cirées Doc Martens, il allait, et la pluie s'arrêtait nette à son entrée dehors. Si on peut considérer que lorsque l'on arrive dehors on entre dehors. Cela signifierait donc, logiquement, que sortir est un synonyme de rentrer. C'est d'une logique...
Ce lundi là, Arthur jouait des classiques de Rock Progressif.
Last Minute On Earth, Loser's Day Parade, The Chamber Of 32 Doors...
Mais un instant, il distingua de gris nuages s'amasser autour du village.
Une tempête éclata, mais rien ne le touchait.
Rien de plus normal : Il avait prit son manche de parapluie ! Tout est logique.
Il continuait donc de jouer, accompagnant la majestueuse tempête qui ravageait les pavés de la ville de sa mélodie.
Mais revenons en arrière sur sa maison.
Bouton de marche arrière... toutoutou... ah voilà
Oh un homme qui marche à reculons, comme c'est amusant !
Oublions.
Voilà nous y sommes.
Bouton de lecture... oui c'est parfait.
Je disais donc, dans cette banale maison, le téléphone sonnait.
Le tonnerre frappa soudain sur la maison d'Arthur.
Le banal toit de la banale maison d'Arthur, puis le banal plancher de l'étage de la banale maison d'Arthur furent touchés par la foudre. Et enfin... le banal téléphone rouge de la maison d'Arthur.
Toutes les cabines téléphoniques sonnèrent d'ailleurs curieusement à ce moment là, toutes les rouges cabines téléphoniques de Sailington.
Soudain les lumières de la ville se figèrent en un sursaut, la mélodie s'arrêta, comme si la partition était finie.
Sailington était en pause. Non je n'ai pas dis d'appuyer sur le bouton pause !! Dear god... you're fool !
Tous les mouvements étaient arrêtés dans leur élan.
Lorsque le temps reprit son cours, il dû courir après lui même et passer à toute vitesse pour rattraper le lui perdu. Mais la mélodie ne reprit pas.
Hélas, ce cher Arthur Weather était resté figé. Son chapeau, posé à terre, pas mouillé le moins du monde, attendait des pièces.
Un enfant intrigué mit une pièce dans le chapeau de ce pauvre Arthur, et il se mit à bouger et à jouer.
Malheureusement pas pour longtemps.
Arthur était condamné à attendre la prochaine somme.
Il était figé, muet, les yeux dans le vague.
Des jours et des jours passèrent pareil à celui-ci, tous aussi banals les uns que les autres.
Ils se suivaient sans relâche, laissant cruellement Arthur dans cet état, ce dernier s'animant parfois à la grâce des passants. Mais personne n'était là pour le sortir de cet état. Il ne pouvait parler. Il était écroué dans raison dans une prison de pluie, tel un mime, il ne pouvait sortir de ce mutisme pour dire au petit monde qui constituait le sien qu'il en le faisait pas par volonté.
Mais un beau jour, une autre photographie orna l'un des murs de sa maison. Toujours la même femme.
Mais cette fois, elle ne tenait pas le parapluie seule.
Ils étaient ensemble. Elle et Arthur. Ensemble sous la pluie.
Au milieu de la tempête du lundi de la semaine suivante, un parapluie argenté plana jusqu'aux pieds de Mr. Weather. dans ce parapluie était fixé une pièce. Une pièce et un simple bout de papier. Sur ce bout de papier était inscrit "Far Away".
Soudain, Arthur s'anima. Une douce mélodie s'éleva de sa guitare, et retrouvant la parole, il se mit doucement à chanter.
"This time, this place" ~ Un fragment de lune tomba sur les pavés
"Misused, mistakes" ~ La tempête s'éclaircissait
. . .
"Just one chance, just one breath" ~ Arthur implorait
"Cause you know, you know
"you know..."
~
Des centaines de parapluies flottaient à travers les nuages, le soleil faisant ressortir intensément les milles couleurs de ces merveilles. Arthur leva la tête vers les nuages.
"that I love you" ~ Une silhouette se dessinait au loin
"and I loved you all along" ~ Elle avançait, ses contours gagnant en netteté à chaque pas
"I miss you" ~ C'était elle, on aurait dit une photographie, l'une des photographies qui ornaient les murs de la demeure de Mr. Weather
"So far away..." ~ Athur la dévisageait passionnément, se délectant de chacun des traits de son visage.
"I keep dreaming you'll be with me and you'll never go" ~ Elle était là, devant ses yeux, plus belle que la plus belle des photographies
"Stop breathing if I don't see you anymore" ~ Athur se leva, elle approcha. La mélodie de Far Away continua seule, retentissant dans chaque recoin des nuages, aussi doux que sa douce joue.
Leurs lèvres se frollèrent, puis se trouvèrent, les parapluies virevoltant et tournant en un mouvement perpétuel, et ils tournèrent au rythme des parapluies.
Il murmura "One chance for one last dance"
"I love you and I loved you all along" ~ Le temps était écoulé. Ils se figèrent tout deux, les lèvres unies pour l'éternité au milieu de Sailington.
Peu à peu leurs traits s'estompèrent.
Ce n'était qu'un rosier taillé, les roses ouvertes formant les traits de fictives statues de plantes. Au bas de la sculpture on pouvait lire "Sculpture de Mr. Weather".
Les murs de la banale demeure avaient changés.
En effet, les photos étaient en couleurs.
Rien n'est logique, l'amour explique pourtant tout.
Il y'a toujours un rêve avant la réalité.
Par Octavius
*Sailington est un village fictif